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Papier peints

Si les murs pouvaient parler ...
Ingela Broström, conservateur des antiquités, Préfecture du Gävleborg
Présidente de l'association suédoise de conservation des bâtiments

Jonas Olsson, de Fågelsjö, était un vrai paysan riche. Par son travail et son sens des affaires, il avait fait de sa ferme, Bortom åa, l'une des plus grandes du village de Los. Comme beaucoup d'autres paysans riches, Jonas Olsson avait confirmé sa position dans la société par un titre de juré. Il se faisait des revenus supplémentaires en faisant du commerce et il occupait ses loisirs comme forgeron et comme sculpteur sur bois. Il lisait aussi. Dans la bibliothèque de la ferme, le livre L'Isle Joyeuse voisine avec des livres agricoles plus solides.

Un vrai paysan riche doit avoir une ferme qui montre qui il est. C'est pourquoi Jonas s'est consacré assidûment aussi bien à construire ses maisons qu'à améliorer celles qu'il avait déjà. Les paysans de Bortom åa étaient, depuis longtemps, à l'affût des nouveautés dans le bâtiment. C'est ici que l'on a posé le premier toit de bardeaux de Los et de sa région et que l'on a construit les premières maisons à deux étages. L'aménagement intérieur devait, lui aussi, être de son temps. C'est pourquoi Jonas a refait toute la décoration intérieure de la maison à deux étages construite par son père et son grand-père. Il l'a fait en plusieurs étapes, mais en utilisant le même peintre. Lors de sa tournée annuelle entre Rättvik et Lillhärdal, ce peintre passait par Fågelsjö et s'arrêtait régulièrement pour peindre à Bortom åa. Les gens de Lillhärdal ne l'appelaient que « Hundrom », mais il signait ses peintures de son vrai nom, Bäck Anders Hansson.

En 1863, l'idéal de la décoration moderne fait son entrée à Bortom Åa. Bäck Anders a déjà fait auparavant plusieurs séjours à la ferme pour peindre. En 1856, il a décoré la salle de roses resplendissantes aux vives couleurs. Il a peint au pochoir le vestibule et la cuisine et il a posé des papiers peints dans plusieurs chambres du rez-de-chaussée, mais il est temps maintenant d'innover plus hardiment. L'une des salles de l'étage va faire place à une chose jusque-là inconnue dans la région : trois petites chambres pour les invités. Dans le nouvel idéal d'ameublement de Jonas Olsson, il n'est plus question de roses peintes ni de pochoir. Seuls les papiers peints peuvent faire l'affaire.

En 1863, le négociant Trolin, d'Edsbyn, lui envoie des papiers peints : trois motifs de trois niveaux de prix différents. L'un d'eux est même si cher que Trolin semble s'excuser dans sa lettre d'accompagnement : « Si Jon Olsson trouve que le No. 314 est trop cher, qu'il me le renvoie ». On comprend si l'on constate que le prix d'un rouleau, un taler et douze schillings, correspond à peu près au prix d'un mouton adulte !

On voit clairement, aujourd'hui, quel est ce papier peint, car les prix des papiers peints imprimés à la main du XIXe siècle étaient fonction de leur qualité. C'est le papier bleu d'outre-mer rococo, à fond de soie brillante, qui orne la dernière des chambres. Ce papier faisait de cette pièce la digne demeure des invités de marque, peut-être l'inspecteur des sociétés, ou le pasteur. La pièce est cependant un bon exemple de la manière particulière dont les paysans utilisaient les papiers peints. Le bleu d'outremer du papier contraste ici avec un dessous de fenêtre rose vif, peint à la détrempe avec la technique d'éclaboussures caractéristique de Bäck Anders en noir et blanc, bien éloignée des discrètes plinthes de sol des appartements bourgeois. Un choc de différentes cultures qui dégage une plus grande fraîcheur que tout le purisme du monde.


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